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"Fido en garde partagée" ,

Des couples se séparent tous les jours. Mais qu'arrive-t-il lorsqu'il y a un chien ou un autre animal domestique dans le portrait? Il n'est pas rare que les ex s'entendent sur une garde partagée de leur rejeton à poils ou à plumes. Portrait de ces maîtres qui ne sont pas prêts à se séparer de leur animal de compagnie.

Martin a vécu une relation amoureuse qui a duré sept ans. Il y a deux ans, sa conjointe et lui achètent un labrador blond. Le couple dans la jeune trentaine s'attache beaucoup au chien. Mais il y a sept mois, la relation s'essouffle et Vanessa décide de quitter son conjoint. Pas question ni pour l'un ni pour l'autre de se départir du chien. Ils optent donc pour une garde partagée.

Au départ, elle garde le chien pendant la semaine et lui s'en occupe les week-ends et certains soirs, pour dépanner. Mais Vanessa commence un nouveau boulot qui l'oblige à travailler plus tard le soir; alors ils font l'inverse. «Ça change mes journées, explique Martin. Je dois me lever plus tôt. À la fin de la journée, je dois être de retour à 17h pour m'en occuper. Je ne peux pas aller au gym, ou prendre une bière avec des collègues, dit-il. C'est un chien qui demande beaucoup d'attention.»

Le labrador a 2 ans. Son espérance de vie est de 10 à 14 ans. Est-il prêt à vivre cette garde partagée pour les 12 prochaines années, malgré le fait qu'il n'a pas d'enfant avec son ex? «Je ne pense pas aux 12 prochaines années, répond Martin. Je ne peux pas parler au nom de Vanessa, mais je me vois bien m'occuper de lui jusqu'à la fin. Je ne m'imagine pas m'en séparer, c'est pour moi comme un enfant.» Le parallèle peut faire sourciller, mais les propriétaires de chiens sont nombreux à ressentir un attachement très profond pour leur animal de compagnie.

Et pourtant, du point de vue juridique, le meilleur ami de l'homme n'a aucune personnalité. En cas de séparation ou de divorce, il fait partie du patrimoine familial à partager, au même titre qu'une chaîne stéréo ou un canapé. Si le couple ne s'entend pas sur ce partage, un juge peut être appelé à trancher. Mais, explique Me Magdalena Lempicka, spécialisée en droit familial, les parties sont invitées à régler le problème elles-mêmes.

«La cour n'aime pas entrer dans ces débats-là, explique-t-elle. En général, pour les couples avec enfants, le chien va là où les enfants passeront le plus de temps. En 15 ans de pratique, les deux seuls débats en cour dont j'ai été témoin concernaient des couples sans enfant. Dans un cas, une des parties réclamait une somme de 3000$ par mois pour les frais de garde du chien. Mais c'est assez exceptionnel.»

Les causes portées devant les tribunaux sont effectivement très rares, même si on en trouve quelques-unes où les deux parties demandent à être propriétaire unique de l'animal en jeu. Mais la plupart du temps, les cours renvoient la balle aux maîtres. C'est le cas par exemple de monsieur MD qui, à la suite d'une séparation, demande la garde partagée d'un perroquet gris d'Afrique, apparemment fin discoureur avec les humains. Le perroquet appartient à madame SA, mais MD prétend s'être attaché à l'oiseau. Dans sa décision rendue en août 2003, le juge Pierre Gagnon, de la Cour supérieure, décline compétence juridictionnelle sur la question...

Selon des spécialistes en droit familial consultés par La Presse, les couples séparés trouvent des solutions à l'amiable, selon l'emploi du temps de chacune des parties et le degré d'attachement à l'animal. La garde peut durer un an, deux ans, 10 ans, c'est très variable. Cela dépend beaucoup de la relation des ex-conjoints. Ceux qui ont déjà une garde partagée de leurs enfants s'entendent généralement assez facilement sur le lieu qui convient le mieux à l'animal. Dans de rares cas, il arrive que le chien (ou autre animal) accompagne les enfants dans leurs allers-retours.

Faire évoluer le Code civil

«Il y a eu une transformation importante dans la relation entre l'homme et son animal de compagnie, estime quant à lui Me Alain Roy, professeur à la faculté de droit de l'Université de Montréal. Aujourd'hui, l'animal fait partie de la famille. Et répond à des besoins humains, comme la zoothérapie par exemple. Il reçoit des soins psychologiques, des soins particuliers au moment de son décès, etc. Le Code civil du Québec devrait refléter ces changements-là», croit-il.

Selon ce spécialiste en droit familial qui s'intéresse au statut juridique des animaux domestiques, plusieurs pays ont fait des changements en ce sens. «La Suisse et l'Allemagne ont adopté des dispositions particulières dans leur Code civil, explique Me Roy. Par exemple, la garde du chien doit être décidée notamment en fonction de l'intérêt de l'animal, suivant le même principe que les enfants.Il y a également des dispositions relatives à la succession (en cas de décès du propriétaire, il peut y avoir un legs à charge) et en matière de responsabilité civile (en cas de perte de l'animal, il peut y avoir des dommages moraux).»

Mais fondamentalement, qu'est-ce qui pousse deux adultes séparés à maintenir un lien avec leur chien? Serait-ce une façon de maintenir un lien avec son ex? «L'animal est vraiment un repère et un ancrage affectif, croit Mme Francine Couillard, psychologue spécialisée dans les séparations. Il peut prendre beaucoup de place dans la vie des gens qui vivent avec lui. On projette également sur eux beaucoup de choses. Leur présence devient nécessaire, peut-être plus pour les personnes seules. Et puis, on a toutes nos habitudes avec lui. Il y a des gens qui ne sont pas prêts à renoncer à cela.»

«Une chose est sûre, conclut Me Roy, les nombreuses ententes à l'amiable finiront par entraîner des changements législatifs. D'autant plus que ça ne coûte rien de plus aux gouvernements et que ça ne met pas de groupes en opposition. En Europe et aux États-Unis, il y a des militants à l'oeuvre depuis des années, c'est aussi pour cela que les choses ont changé.»

Alex et ses ex

Alex a deux chiens en garde partagée. Avec deux de ses ex. Le premier chien, un épagneul français, il l'a acheté il y a quelques années avec sa compagne d'alors, folle des animaux. Mais le couple se sépare et convient d'une garde partagée, sans horaire fixe, à la semaine. Tout se passait très bien, assure Alex. Mais quelques mois plus tard, sa nouvelle flamme, Isabelle, veut absolument avoir un chien qui serait «à eux». Ils achètent donc ensemble... un autre épagneul français! Malheureusement, le nouveau couple finit aussi par se séparer, d'où la double garde partagée. Est-ce une façon de garder un lien avec vos ex, M. Alex? «Sûrement. J'ai toujours conservé d'excellentes relations avec mes ex... Mes amis me taquinent souvent en parlant de mon club des ex!». Est-il possible que vous ayez un troisième chien en garde partagée? «Je ne crois pas, répond Alex. Je pense que j'aurais de sérieux problèmes avec ma propriétaire...»

Mark et Camille

Mark a 26 ans. Cinq ans après avoir rencontré sa compagne, Camille, il achète avec elle un chien, un Jack Russell. «Ma blonde a toujours beaucoup aimé les animaux. Et puis, c'était un projet commun", explique-t-il. Mark s'attache à la bête. "Mais ma blonde avait une relation fusionnelle avec ce chien, précise-t-il. Elle l'appelait ma petite fille, et puis ça occupait beaucoup trop de sujets de conversation», regrette-t-il. Le jeune couple se sépare. Camille propose une garde partagée. Elle se trouve un logement à moins de 10 minutes à pied. Elle garde le chien toutes les nuits et les week-ends. Comme Mark travaille de chez lui comme pigiste, c'est lui qui garde le chien les jours de semaine. Tous les matins, elle lui laisse le chien. Elle a même sa propre clé de l'appartement. «Mais au bout d'un moment, c'était difficile de se voir tous les jours, relate Mark. En fin de compte, c'est elle qui a décidé de mettre fin à la garde et de récupérer l'animal. Peut-être que c'était une façon de couper les liens plus graduellement.»

Paul et David

Paul et David ont eu un cocker blond pendant 10 ans avant de se séparer. La garde partagée s'est imposée par elle-même, selon Paul. Ils n'ont jamais même évoqué l'idée qu'un des maîtres ait la garde exclusive. L'entente: trois semaines chez l'un, trois semaines chez l'autre. Mais ce n'était pas très rigide comme arrangement, précise Paul. La garde partagée a duré trois ans, jusqu'à la mort du chien. Trois mois après son décès, Paul et David, toujours séparés, s'achètent un autre cocker ensemble, toujours en garde partagée! «Nous sommes restés en très bons termes depuis notre séparation, explique Paul. Et puis, ça nous permet de partager les responsabilités. Parce que c'est très exigeant de s'occuper d'un chien!» Donc, pas d'angoisse à l'idée de conserver des liens avec un ex pendant toute la durée de vie du chien? «Aucune, répond Paul. Ce qui m'angoisse plus, c'est l'idée d'être seul à m'en occuper!» Et tout se passe bien avec le nouveau cocker? «Ç'a été plus difficile cette fois-ci admet Paul. Le cocker était naissant, et ç'a été difficile pour lui de s'adapter à la garde partagée. Il a eu des problèmes d'anxiété et de dépression. Mais ça commence à se placer. Nous avons mis en place tout un rituel lorsqu'il change de maison. Et ça va mieux.»

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Pour protéger l'identité des personnes interrogées, tous les noms dans ce reportage ont été changés.
Source:
par Jean Siag Cyberpresse 10/03/2008
www.cyberpresse.ca/article/20080310/CPACTUEL/803100717/6994/CPACTUEL

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